L'héritage architectural de Louis Empain et d'Antoine Courtens

La région de Sainte-Marguerite-Estérel doit son développement à plusieurs créateurs et visionnaires. Sur une période de plus d'un siècle soit des années 1860 (avec Édouard Masson) jusqu'aux années 1960 (avec Fridolin et Thomas-Louis Simard), ceux-ci sont tombés amoureux du paysage entourant les lacs Masson, Dupuis et du Nord, dans le canton Wexford, à douze kilomètres à l'Est du village de Sainte-Adèle.

Louis Empain Un de ces visionnaires s'appelait Louis Empain. Il était le fils du baron Édouard Empain (1852-1929), un industriel et financier belge qui avait fondé la banque Empain et fait fortune dans la construction des chemins de fer. Suite à une visite au lac Masson effectuée l'année précédente, Louis Empain achète en juillet 1935 plus de 17000 acres de terre autour du lac Masson et de ses baies. Il embauche l'architecte bruxellois Antoine Courtens ainsi que l'architecte montréalais d'origine belge Louis Nicolas pour travailler, à partir de 1936, à un vaste projet récréatif sur son domaine laurentien.


Antoine Courtens au Canada, en 1937
(photo tirée de Antoine Courtens, créateur art déco, par Maurice Culot et Anne-Marie Pirlot)

Autres photographies d'époque du Domaine d'Estérel



L'hôtel de la Pointe-Bleue

La construction du premier immeuble, l'hôtel de la Pointe Bleue, commence en septembre 1936. Maurice Culot et Anne-Marie Pirlot le décrivent ainsi:
Bâtiment en béton armé, à l'architecure sobre et dépouillée, l'hôtel de la Pointe Bleue est situé sur un pic granitique qui s'avance dans les eaux du lac Masson. Entouré de larges terrasses, il bénéficie d'une vue exceptionnelle sur les lacs et les paysages boisés des Laurentides. Il sera inauguré le 24 mai 1937 et ouvert au public dès le mois de juin. Le mobilier de l'hôtel [est] presqu'entièrement dessiné par Courtens [...]».

Antoine Courtens, créateur art déco, page 69.


L'hôtel de la Pointe Bleue vers 1940
(photo Édouard Comellas)


L'immeuble en 2004
(photo MGV)

Autres photographies d'époque de l'hôtel de la Pointe Bleue



Le centre communautaire

La section commerciale du centre communautaire est inaugurée en juillet 1937. Elle constitue l'un des premiers «centres commerciaux» du Canada. On y retrouve une vingtaine de magasins: tabagie, salon de coiffure, boutique de sports, pâtisserie, ainsi qu'un garage intérieur.

Pour l'inauguration du «Blue Room», restaurant et salle de danse et de spectacles situé à l'étage, Louis Empain a fait venir Benny Goodman et son orchestre pour une soirée donnée le 9 juillet 1938 dans un faste resté mémorable!

Le centre communautaire vers 1940
(photo Édouard Comellas)


La façade sur le lac, en 2004
(photo MGV)


Le côté vers l'auberge, en 2004
(photo MGV)

Autres photographies d'époque du centre communautaire



Le centre sportif

Le 12 février 1938 est inauguré le centre sportif sur la rive de ce qui sera plus tard appelé le lac Dupuis. Plusieurs événements y sont organisés l'été suivant, championnats de natation et de plongeon, régates, etc.

En 1958, centre sportif devient le Club Estérel et une salle à manger est érigée sur la terrasse, masquant la majeure partie de l'immeuble original du côté du lac. En 1962, l'hôtel Estérel est construit à côté du centre sportif, le masquant également du côté Sud-Ouest.

Le centre sportif vers 1940
(photo Édouard Comellas)


Le centre sportif est maintenant dissimulé derrière la salle à manger de l'hôtel Estérel
(photo MGV 2004)

Autres photographies d'époque du centre sportif



L'auberge

Le 22 décembre 1938, une auberge de bois rond (le «lodge») vient s'ajouter à l'ensemble immobilier. On y retrouve une trentaine de chambres de chaque côté d'un grand salon central. Un côté est réservé aux garçons et l'autre aux filles. On y organise à l'hiver l'école de ski Estérel.


L'auberge en 2004
(photo MGV)
 



Les écuries

Les écuries et les terrains de tennis étaient situés face au centre sportif. L'immeuble des écuries n'est malheureusement plus que l'ombre de lui-même, une aile ayant été incendiée et son revêtement altéré. Il est aujourd'hui utilisé pour loger les employés de l'hôtel Estérel.


Ce qui reste des écuries, en 2005
(photo MGV)
 



Les villas du domaine

Le plan d'ensemble d'Empain et Courtens prévoyait que le domaine serait entouré de résidences qui seraient soit louées, soit vendues. Deux styles différents avaient été planifiés. Un certain nombre devaient être des villas «modernes» de béton armé, de style rationaliste. Une seule sera construite avant que le projet ne soit arrêté par la Seconde guerre mondiale. Plusieurs «log cabins», maisons en rondins pourront cependant être construites en 1938 et 1939 dont certaines subsistent encore aujourd'hui en un état assez proche de l'original.

Lorsqu'en 1945-1946 le romancier belge Georges Simenon s'installe au Domaine d'Estérel pour quelques mois, c'est dans la seule villa moderne qu'il résidera avec sa famille, alors qu'il établira son bureau de travail et sa secrétaire dans la «log cabin» numéro 5.


Le «log cabin» numéro 5, où travailla Georges Simenon en 1945-1946
(archives de la Société d'histoire)
 

Bibliographie

  • Culot, Maurice et Anne-Marie Pirlot, Antoine Courtens. Créateur Art Déco, Bruxelles, Norma - AAM, 2002, 120 pages. ISBN 2-87143-123-X.
  • Toussaint, Yvon, Les barons Empain, Paris, Fayard, 1996, 473 pages. ISBN 2213031266.
  • Trépanier, Paul, «Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et Estérel: le legs du baron Empain», dans Continuité, no 52, hiver 1992, pages 33 à 37.



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